Ressource en eau : des étiages qui s'allongent et se renforcent

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Ressource en eau : des étiages qui s'allongent et se renforcent

L’évocation de la sécheresse nous ramène fatalement à l’été 2003 (voire 1976 pour les plus anciens), événement marquant par l’intensité des températures maximales mesurées. Mais au niveau des ressources en eau, ces sécheresses remarquables proviennent plutôt d’une concomitance entre effectivement des chaleurs marquées mais surtout de l’accumulation de périodes sans pluies efficaces (pluies rechargeant les nappes ou les sources).

2003 se caractérise par un été record pour la ressource en eau, définissant sur bon nombre de sources de nouvelles valeurs d'étiage (plus bas débits connus pour une ressource). Mais ces mesures ont pour la plupart été battues, tant en vallée qu’en altitude, au cours des années suivantes : 2009 (jusqu’à -40 % par rapport à 2003), 2010, 2011 et très récemment en 2017 et 2018.
Cette baisse régulière des minimums enregistrés sur les ressources en Savoie montre une aggravation des conditions climatiques propices à l’instauration de sécheresse, donc d’étiages sévères. Une des conséquences de ces évolutions est l’instauration de mesures de vigilance ou de restrictions vis-à-vis des ressources en eau sur le département, résumées sur le tableau ci-dessous.

Plus haut niveau mensuel de sécheresse en Savoie, arrêté par la Préfecture de 2003 à 2018

Si l’été 2003 se retrouve aisément, d’autres années ressortent particulièrement : la période 2009-2011 et celle actuelle 2015-2018, équivalent à des cycles d’années déficitaires en précipitations.
De plus, le fait nouveau se situe dans l’allongement de la durée des sécheresses, particulièrement prégnant ces 2 dernières années. En 2017, un comité dit « Sécheresse » a été réuni dès janvier, première fois que ce comité départemental de suivi des étiages et de la ressource en eau est activé en hiver. Un statut de vigilance a même été validé lors de cette séance. Et en 2018, le niveau maximal de restrictions (niveau 4/4 de crise) a été atteint, cela jusqu’à la mi-décembre !!!

Les débits minimums relevés depuis 1998 sur la source du Rigolet témoignent d’un décalage des étiages dans  la saison, particulièrement visible lors de ces deux dernières années. Leurs débits minimums ont été relevés respectivement le 4 novembre et le 23 octobre, ce qui est assez tardif dans la saison au vu de l’historique relevé ces 20 dernières années.

Ce constat peut s'expliquer par la modification des conditions climatiques et notamment la répartition des pluies dans l'année.

Même si les précipitations jouent un rôle majeur dans ces épisodes de sécheresse (ex : 8 mois consécutifs  déficitaires en pluies entre avril et novembre 2018 à Voglans), les volumes annuels restent relativement proche des moyennes ; entre -16 % en 2010 et +22 % en 2013 depuis 2010 (seulement -5 % en 2018…). C’est par contre l’évolution de la répartition des pluies dans l’année qui engendre des situations de sécheresse.  Si celles-ci tombent pendant les périodes chaudes ou de façon trop concentrée sur un épisode, les créneaux de recharge des nappes et des sources s’en trouvent réduits, à cause de l’accroissement respectivement de l’évapotranspiration (captation de  l’eau par les plantes) et du ruissellement.

Le schéma ci-dessous explicite ce phénomène.

En outre, les températures de cette dernière décennie augmentent fortement et à toute saison. En France, 2018 est devenue l’année la plus chaude jamais mesurée. Et 2003 ne se trouve « que » sur la 5ème marche, devancée par des années toutes situées entre 2003 et 2018.
Ainsi, l’eau tombée subit une évaporation plus forte, sur des sols plus secs, avec des plantes en plus grand stress hydrique et s’infiltre donc moins dans les réseaux souterrains. Les sources subissent ainsi de plein fouet cette hausse des températures avec une tendance nette à la baisse de leurs débits.
En enchaînant les années sèches et surtout chaudes, les effets se cumulent et participent aussi à l’allongement des durées de sécheresse.

Sans un retour d’années franchement pluvieuses, il faudra s’attendre à des modifications profondes des systèmes hydrologiques sur nos territoires, même en montagne. Ces changements pourraient alors nécessiter sur certains secteurs en tension à l’organisation d’un partage de la ressource en eau entre les différents usages, nécessitant une « conciliation des usages de l’eau ».

Source : Département de la Savoie